Svitlana
À vrai dire, Svitlana, mon amour,
C’est fini, c’est la fin. C’est la dernière lettre que je t’écrirais. On s’est fait prendre au piège, les Russes nous ont encerclés, et il n’y a pas d’issue possible. Je vais mourir. Il ne me reste plus que quelques heures ou quelques minutes. Je suis terrifié, pétrifié. Je suis désolé pour mon écriture, toi qui aimes tant les belles écritures, mais je ne peux m’empêcher de trembler. Pardonne-moi mon amour car ma promesse je ne la tiendrai pas, pardonne-moi mon amour car malgré ce que je t’ai dit, je ne reviendrai pas. Je vais devenir un soldat mort au combat, un de plus, pour rien, dans cette putain de guerre qui n’a pas de sens. Tu vois, au final, l’homme n’est bon qu’à se battre, l’humanité n’apprendra jamais. Putain d’atrophié du cerveau, préférant les chants des canons aux chants qui font les libertés, sans jamais vouloir comprendre ce que veut dire aimer. Les fous prennent le contrôle et joue comme des demeurés avec le monde pendant que les zombies ont la tête baissée et bavent sur des applications. On n’apprendra jamais, on est destinés à répéter nos erreurs, on est voués à la guerre et à l’horreur. La 1ère était censée être la « der des der », pourtant rien n’a empêché la deuxième, et nous voici là, 80 ans après, à l’heure où partout, dans tous les pays, le nationalisme et le fascisme reviennent sous les acclamations et les applaudissements, comme si rien ne s’était passé. On ne sait être que des amnésiques léthargiques cherchant une dose létale. Des moutons décérébrés amoureux de l’abattoir. Rien ne changera, l’évolution ce n’est pas fait pour nous. Même une partie du peuple qui a vécu la Shoah se rend aujourd’hui responsable et coupable d’un génocide. Comment réussir à croire que l’humanité est une bonne chose ? Ça n’existera jamais les Noël 14 qui perdurent. Et puisque de l’autre côté de l’Atlantique, le peuple le plus con de tous les peuples a voté, puisque toujours l’homme choisira la haine à la bonté, puisque l’homme n’a pour Dieu que l’argent, puisqu’il oubliera toujours la force et la beauté du sentiment, alors ce monde est perdu, alors ce monde ne pourra pas être sauvé, et il ne mérite pas d’être sauvé. Il y a juste à attendre, attendre le sifflement des bombes dans la symphonie des champignons. La paix ne viendra jamais par des putains de politiques ou par des gouvernements à la con, elle n’aurait pu venir que par le cri du peuple. La seule chose qui pourrait arrêter Poutine, c’est son peuple. Mais ce peuple a bien trop peur des représailles, ce peuple ne veut pas briser ses chaînes, ce peuple s’est endormi, il ne veut pas risquer sa vie pour la liberté et la paix, alors il regarde sans broncher la déchéance de l’humanité. Tenu en laisse par l’argent et la terreur. C’est fini le temps des rebellions et des révolutions, on se complait dans l’oppression et la soumission.
Tu vois, moi qui ne verrai plus jamais un lever du jour, je finis par croire que l’humanité ne mérite pas de survivre. À quoi bon ? Mais dans tout ça, dans toute cette folie, cette horreur et ce non-sens, il y a toi mon amour, toi et notre petite fille à naître. Cette petite fille que je ne connaîtrai jamais. S’il te plaît, appelle-là Nadiya, pour l’espérance que j’ai à ce qu’elle puisse vivre heureuse, pour l’espérance que j’ai à ce qu’elle puisse un jour vivre dans un monde fait de paix et d’harmonie. Plus tard, tu lui diras que c’est moi qui aie choisi son prénom, que c’est la seule chose que j’ai pu lui donner, que c’est la seule chose que j’ai pu lui offrir. Dis-lui que même si son père ne croyait plus en l’humanité, il croyait très fort en elle, en la femme incroyable qu’elle va devenir. Dis-lui que j’aurais tant aimé être là pour elle, que j’aurais tant aimé l’accompagner dans toutes les étapes de sa vie, mais que même si je ne pourrai jamais voir la beauté de ses yeux, même si je ne pourrai jamais sentir sa petite main agripper la mienne, même si je ne pourrai jamais essuyer ses larmes ou entendre l’éclat de son rire, je ne m’en fais pas pour elle, parce que je sais qu’elle a l’incommensurable chance d’avoir la maman la plus merveilleuse que cette terre n’ait jamais portée, et que je sais que tout l’amour infini qu’elle va lui donner va faire d’elle un phare dans l’obscurité. Dis-lui que son père est fier d’elle et que son bonheur à son existence n’a pas d’égal. Dis-lui bien que tout l’amour que je suis en train de lui envoyer en mes derniers instants, l’enveloppera et l’accompagnera pour toute sa vie, et que grâce à ça, elle ne sera jamais seule, je serai toujours avec elle. Dis à notre petite fille que je l’aime autant que la puissance du soleil.
Svitlana, mon amour, va-t’en, va-t’en, cesse de m’attendre, je ne reviendrai pas, alors va-t’en, fuis loin de toute cette folie, fuis loin, très loin d’ici. L’autre taré ne s’arrêtera pas, alors pars s’il te plaît, je t’en supplie va-t’en mon amour, cherche un endroit loin de l’Occident, cherche un endroit loin de la bêtise des hommes. Trouve un endroit pour élever notre petite merveille, trouve un endroit qui n’a pas encore été perverti par ce parasite qu’on appelle l’être humain.
J’espère tellement que tu liras ceci et que tu partiras. Je supplie Dieu que cette lettre puisse arriver entre tes mains. J’implore l’Univers que mes mots arrivent jusqu’à toi. Je t’aime tellement mon amour, je t’aime plus que tout, je t’aime à l’éternité. Sans toi, ma vie n’aurait pas eu de sens, tu as été la lumière qui a sauvé mon âme de l’obscurité, tu as été la flamme qui a permis de réchauffer et de faire battre ce cœur qui était gelé. Merci ! Merci de m’avoir redonné confiance en moi, merci d’avoir cru en moi, merci de m’avoir aidé, merci de ne pas m’avoir abandonné, merci d’avoir été là dans tous mes moments de doutes, de peur, de joie, de bonheur, merci pour ces joies et ces rires, merci pour ces caresses et ces tendresses, merci pour ton écoute et ton épaule, merci pour ta chaleur et ton rire, merci pour ton sourire et ta lumière, merci pour toutes ces années qu’on a vécues, merci pour tout ce qu’on a partagé, merci pour ces chants d’éternité, merci pour cette petite merveille à naître, merci d’être la femme incroyable et merveilleuse que tu es, merci pour tout l’amour que tu m’as donné.
Aujourd’hui je vais mourir, mais j’ai eu la chance d’être aimé par toi, et cela n’a pas de prix ni d’égal.
J’attends la mort avec un doux sourire, celui que me procure mon bonheur intense de t’avoir aimé et de l’avoir été par toi en retour.
Tu vois, ni la folie des hommes, ni la mort ne pourra jamais rien contre ça, je t’ai aimée et cela me suffit bien amplement. J’aurais tant aimé continuer à faire ma vie avec toi, j’aurais tant aimé être à tes côtés jusqu’à la fin. Mais sache que derrière l’ouragan de mes pleurs, se cache le plus beau de tous les ciels de t’avoir aimé.
Svitlana, tu es la plus belle chose qui me soit jamais arrivée, et ma reconnaissance pour ton amour dépasse les limites de l’univers.
Je vais mourir mais je suis heureux car je pense à toi, je vais mourir mais je suis heureux car j’ai été aimé par toi.
Je n’arrive pas à finir cette lettre et je ne veux pas arrêter de l’écrire, mais il le faut, car je ne veux surtout pas qu’elle soit inachevée.
Adieu mon amour, n’oublie jamais que je serai toujours avec toi, dans chaque battement de ton cœur, dans chacun de tes sourires, dans chaque lueur de ton regard, dans les yeux de Nadiya.
Adieu mon amour, je t’aime tellement, éperdument, infiniment, je t’aime à l’éternité.
Je t’aime, je t’aime, je t’aime.
Myroslav