Dans Son Regard
À vrai dire elle a dans ses yeux ce qui ressemble aux pleurs de la terre, le regard noyé dans les profondeurs de l’existence qui mène aux mortuaires. Elle a la tristesse des matins qui se lèvent, le soupir du combat qui jamais ne s’achève. Elle a sur ses épaules le poids du monde qui se perd, la fatigue du souffle sur les braises d’une flamme qui espère. Elle a la lourdeur des chagrins qui ne savent que se cacher, elle a les étouffantes peurs de l’enfant abandonné.
Elle plonge parfois dans l’insondable de ses pensées, pour essayer de comprendre comment exister. Elle a la morosité des pluies qui ne s’arrêtent pas, la douleur de la dureté qu’est de vivre ici-bas. Elle a peur de mal faire et elle a peur des autres le jugement, parce que devoir exister face à ce monde, ouais, c’est beaucoup trop violent. Elle a parfois le désespoir dans le noir de ses yeux, comme le cri d’erreur et de folie qu’a fait Dieu.
Elle a la timidité d’un animal maltraité, elle a la douceur d’un amour jamais consumé. Elle a la fougue de la jeunesse et la lassitude de la personne âgée, elle a le rire des soirées d’été et l’épuisement de mille années. Elle a le cœur enseveli de mélancolie et pourtant elle a le sourire des printemps, elle a l’âme remplie de cacophonie et l’éclat du merle chantant.
Elle est de ceux qui n’ont que faire de l’imprenable qui court, elle, elle veut juste se poser, s’arrêter et puis parler d’amour. Il faut avouer qu’elle ressemble à Margot en moins activiste, ouais, elle est un peu comme Margot, en moins militante et en plus triste.
Elle vagabonde beaucoup trop dans les bars, cherchant de quoi s’accrocher à un rempart, elle aime beaucoup trop picoler, faut voir quand elle est complétement torchée, elle, elle sait pas s’arrêter, comme pour clamer putain que c’est dur d’exister. Elle, elle fait l’amour que quand elle est bourrée, comme un moyen de trouver dans l’existence de quoi s’accrocher. Elle fait l’amour comme le hurlement d’une guerrière, qui part à son dernier combat pour vaincre ses émotions incendiaires.
Elle a des sanglots qui font trembler la terre, de toutes ses incompréhensions patibulaires, elle a l’affliction des orages qui grondent, des coups de tonnerre dans son âme furibonde.
Elle est perdue dans l’océan de l’humanité, ne sachant que faire et par où aller. Elle est tourmentée par la houle de la société, égarée dans les flots de ses respirations désabusées. Elle dérive au milieu de la foule en cherchant un phare, celui qui l’amènera enfin à voir dans la nuit noire.
Elle a dans son regard la lourdeur du tourmenté, l’amertume de l’écœuré, le chant du désespéré, le déchirement du condamné. Elle a dans son regard la misère de l’humanité, le dégoût de ce monde éhonté. Elle a dans son regard le silence de l’inconsolable, les hurlements de l’insaisissable. Elle a dans son regard ce qui jamais ne sera, l’envie d’enlacer l’amour dans ses bras.
Et face à la bêtise du monde, c’est certain que c’est une poétesse qui s’ignore, c’est le crépuscule qui vient embrasser l’aurore.
Elle est belle comme le profond de la nuit, elle est belle comme le soleil qui se réjouit, elle est belle lorsqu’elle caresse le visage de la vie, elle est belle quand elle me dit merci.
Elle est belle quand elle verse sur le monde ses larmes, quand de ses peines entaillées, elle se désarme. Elle est belle quand elle se dresse pour regarder les lueurs de l’horizon, de ses yeux humides cherchant l’espoir de la guérison.
Elle, elle me dit que je suis né le jour où je l’ai rencontrée, parce que rien n’est plus beau que de s’aimer.
Elle est l’horizon perdu, l’élan du cœur invaincu, la destinée suspendue, l’ange déchu.
Elle est la tempête qui pleure, elle est l’aveugle cherchant la couleur.
Elle est l’incendie qui vocifère, elle est la beauté de la terre.
Elle est l’étoile filante qui se consume trop vite, elle est le cœur qui bien trop s’agite.
Elle est l’esprit qui s’égare, perdu dans le tréfonds de son regard.