Je Suis En Manque

À vrai dire je crois bien que je suis en manque. Je saurai pas vraiment dire de quoi, ni d’où ça vient, mais une chose est sûre c’est que je suis en manque. Pourtant, pourtant tout va bien. J’ai un boulot, j’ai à manger et un toit, je suis à peu près en bonne santé, j’ai quelques personnes sur qui je peux compter. Et puis, et puis voilà. La vie passe, passe bien trop vite. Mais je sais pas. J’ai parfois l’impression qu’il n’y a que du vide autour de moi. Un vide qui dans le silence vocifère et hurle mon existence. Comme si de façon lancinante, j’avais parfois des coups d’oppression du non-sens. Pourtant ça va, ça va, je suis heureuse de ce que j’ai et heureuse d’avoir la chance de ce que je peux vivre. Je sais pas. Malgré ça, il y a parfois cet état indéfini et brumeux qui me saute à la gorge et m’accable sans me le dire de la violence de ce triste monde. Je crois que je suis une femme qui a un peu trop d’espérance pour cette humanité, et qui ne se reconnait pas dans ce que veut lui vendre cette putain de société. Une société qui manque de raison, de beauté, et surtout qui manque d’âme. Qu’on mette fin à mes jours immédiatement si un jour je deviens influenceuse. J’ai souvent envie qu’on me fasse vivre et ressentir une autre réalité. Quelque chose de bien plus grand et de bien plus sensé. Parfois, la gamine que j’étais tambourine contre les parois d’un cœur trop abimé par la désillusion de ce que l’homme a fait de la vie. Elle veut sortir et crier l’infini, comme pour dire qu’elle n’est pas tout à fait morte. Mais que faire. Y’a pas grand-chose à faire. J’essaie de mettre quelques fleurs sur mon passage, histoire de rendre le chemin un peu plus beau, et souvent je redresse la tête au-dessus du troupeau pour admirer les étoiles, mais à part ça, à part ça j’suis comme tout le monde. Sauf que je suis en manque, je sais pas de quoi mais je suis en manque. J’ai envie d’autre chose, j’ai envie de croire à autre chose. J’ai envie d’être bercée par ces lumières qui émanent des actes de bonté. J’ai envie de courir et de saisir l’invisible, j’ai envie d’entendre l’écho infini des rires des enfants, j’ai envie de sentir une main bienveillante caresser ma joue. J’ai envie que l’humaniste en moi prenne le dessus de ma condition sociétale, j’ai envie de faire passer la passion avant la raison. J’ai envie de ces instants qui brillent jusqu’à en toucher l’éternité, j’ai envie de ces moments enlacés de beauté. J’ai envie de ces danses qui ne s’arrêtent jamais, j’ai envie de voir la lumière dans l’obscurité, j’ai envie de ces rires incontrôlés, j’ai envie de me transcender, j’ai envie de mots d’amour et de lien du cœur qui crie l’existence, j’ai envie de ces états où seul le présent existe, j’ai envie de ces rêves qui apaisent, j’ai envie de ces larmes de bonheur à avoir vécu quelque chose de beau et fort. J’ai envie de cette assurance à vibrer ensemble, j’ai envie de don et de pardon, j’ai envie de regards qui se parlent, j’ai envie de cette fougue à l’idée d’être et de devenir, j’ai envie de ces rencontres humaines qui changent la vie, j’ai envie de partager la magie de ces nuits où l’on chante avec les étoiles, j’ai envie d’espérance qui dessine des sourires. J’ai envie d’être amoureuse, amoureuse comme jamais je ne l’ai été. J’ai envie de ces instants cathartiques, j’ai envie de liens qui jamais ne se briseront, j’ai envie de caresser ces élans du cœur, j’ai envie d’être bien juste par la force des sentiments, j’ai envie d’être ensevelie par l’émotion d’un instant juste et beau, j’ai envie de m’effacer face à l’Univers, j’ai envie de ces respirations salutaires. J’ai envie de ce qui traduit la grandeur, la force et la beauté de l’essence de la vie. En fait si, bien sûr, je sais de quoi je suis en manque, je suis en manque de poésie.